INEXENS

Des abeilles et des hommes

Thanh,

Je viens de terminer la lecture de ton ouvrage « Des abeilles et des hommes » en lui donnant la priorité comme je te l’avais dit il y a une dizaine de jours au téléphone. Incontestablement, c’est un livre référence pour moi et j’ai c’est en ce sens que j’inscris mes réactions sur mon site.

Je n’ai pas eu encore la joie de te rencontrer, et si les circonstances nous sont toujours favorables, j’espère bien réparer cette lacune prochainement. Ce qui fait la réussite de ton livre, c’est mon sentiment qu’il a été écrit pour moi. Je devrais bien sûr écrire « pour nous » (pardonne-moi cette première réaction égoïste) tant nous sommes nombreux à pouvoir nous reconnaître dans ta description des passeurs, hackers, etc. J’avais déjà lu il y a déjà près de 10 ans un ouvrage sur les créatifs culturels qui se référait à ces millions d’anonymes dans le monde qui œuvrent indépendamment pour les autres, pour leur environnement, bref, pour tout ce qui les dépasse. Je me souviens d’un exemple qui m’avait marqué avec cet Américain qui avait voué sa vie, jusqu’à engager toutes ses économies, à la protection des séquoias dont des sociétés de bucherons envisageaient un tout autre destin. S’il n’a jamais pu voir son engagement aboutir, l’histoire retiendra que son arrière-petite fille était guide du désormais célèbre parc (que je rêve de découvrir un jour). A la différence néanmoins de ce livre, le tien est très facile à lire.

Ta rencontre intervient après celle récente d’un passeur qui m’a émerveillé, Sébastien, et bien d’autres telle que Bénédicte qui m’a invité à te connaître.

Ton raisonnement est limpide, ce qui n’empêchera pas beaucoup d’acteurs de la société dirigeante de la moquer : notre monde, au bord du gouffre, ne pourra survivre que par l’intelligence collective initiée à sa base. Grâce à la technologie et notamment Internet, ceux qui autrefois agissaient isolés peuvent désormais unir leurs engagements. Et tu cites légitimement l’exemple de Wikipedia.

Thanh, je n’ai pas de légitimité supérieure à d’autres passeurs pour espérer que nos routes finissent par se rejoindre et que nous puissions ensemble développer un projet commun. Néanmoins, j’ai hâte de te rencontrer et partager avec toi ce projet un peu fou qu’incarne DEFISMED. Une grande partie de ce que tu décris se retrouve dans ce projet sans précédent : prendre conscience des urgences concernant notre environnement, accéder aux savoirs et les gérer, relier des femmes et des hommes de chaque côté des rives méditerranéennes, relier des recherches susceptibles de porter des clés pour relever les défis qui sont les nôtres, relier un monde de chercheurs et experts relativement fermé à une société civile encore immature mais dont émergent de plus en plus des citoyens s’efforçant de faire don de leurs qualifications à la communauté.

Avec l’appui de bénévoles, je suis en train de structurer un programme pour 2011 qui permettra à de nombreux acteurs de la société civile du nord et du sud méditerranéen de partager ensemble ce qui se joue au cœur de nos laboratoires, universités, entreprises, terrains, ce destin commun dans lequel nous sommes tous embarqué pour éviter le pire et aspirer au meilleur. DEFISMED met en place un site web 2.0, des rencontres publiques, des réseaux inédits, une communauté d’étudiants en master, une association avec des organismes de recherche de référence, etc. Alors oui, ton livre a le mérite de nous montrer combien nos engagements ne sont pas solitaires, combien nous sommes nombreux à vouloir contribuer à modifier les règles du jeu mondial, combien les outils nous permettent de réunir nos efforts, et combien nos actions sont essentielles à la survie de ce monde et à son épanouissement.

Je suis convaincu que nous pouvons réaliser de grandes choses ensemble, petites pour l’Histoire humaine et à l’échelle du globe, mais fondamentales pour alimenter ces rivières qui changeront le cours funeste de notre destin.

Pour conclure, ton livre en appelle un autre qui puisse illustrer concrètement tout ce qu’il est possible de faire, tout ce qui a commencé à être entrepris. En attendant, je t’écris à bientôt, et j’extrais du mot « hackers » son « k » pour l’apposer à ton prénom providentiel : « Thank ».

Mes lecture de cet été

Une fois n'est pas coutume sur ce site déjà peu animé, j'avais envie de témoigner de quelques lectures auxquelles la période estivale me permet de consacrer un peu de temps. Et j'ai commencé par un ouvrage dont le style et le sujet m'ont immédiatement conquis "L'eau, un trésor en partage" de Ghislain de Marsily avec une préface d'Erik Orsenna. La plupart d'entre nous avons la vague opinion que l'eau pourrait bien devenir une denrée précieuse qu'il sera nécessaire de gérer avec parcimonie. Ce livre va à l'encontre de plusieurs idées reçues, nous persuadant que les guerres de l'eau seront peu probables si l'humanité sait s'organiser, mais surtout que les pluies ne faibliront pas dans l'avenir. Elles seront inégales, mal réparties et rares durant nos étés. Notre production agricole et donc notre alimentation dépendent grandement de cette eau et de sa pureté. Ainsi que le souligne E Orsenna, les questions soulevées par l'eau que traduit remarquablement ce livre doivent "nous rendre plus intelligents". C'est là comme pour d'autres défis que l'humanité révélera sa capacité à devenir "intelligente", notamment en assurant une équité dans l'accès pour tous à l'eau potable.

Dans le même esprit, je suis en train de lire "Douze femmes qui soulèvent le monde" d'Annick Lacroix et je suis admiratif devant le dévouement de celles-ci qui ont choisi de consacrer laïquement leur vie aux plus défavorisés. Ce livre n'est pas une lithanie de malheurs mais réussit, là aussi dans un style remarquable, à partager la joie de tant d'êtres en souffrance grâce à la détermination de femmes qui ne peuvent accepter la misère. Leur entreprise fonctionne et donne le moral dans un contexte actuel mondial où tout semble converger vers des questions économiques et financières. L'engagement de ces femmes rappelle celui de Rachel Carson et son "Printemps silencieux" qui vient d'être heureusement réédité par un tout jeune éditeur. Préfacée par Al Gore cette réédition prend toute la mesure de cette écologiste avant l'heure trop tôt disparue et dont l'ouvrage a contribué à une prise de conscience des questions écologiques aux Etats-Unis. L'acharnement dont elle a fait l'objet de la part de nombreux industriels n'a pas occulté l'empoisonnement que l'homme fait subir à la nature, particulièrement à travers les pesticides. Le pire est certainement que cette lecture est plus que jamais d'actualité, et que ce qu'il dénonçait il y a 50 ans a pris des proportions depuis encore plus catastrophiques.

Les bouleversements de notre monde ne peuvent être suivis que par une information rigoureuse et claire à la fois. A travers un numéro du Courrier international consacré à la mutation de la presse, j'ai pu me rendre compte qu'il pesait désormais sur cette information dans nos pays démocratiques des censures causées par le contexte économique. La presse écrite subit une véritable révolution avec les développements d'Internet dont les sites sont loin de garantir une information solide mais que le grand public réclame. Les rédactions s'allègent et les journalistes sont plus que jamais contraints d'aller au plus pressé. Désormais, les enquêtes d'investigation vont devenir comme l'eau une denrée rare et plus irrégulière, ce qui ne peut profiter qu'à tous ceux qui travaillent à des basses oeuvres dans l'ombre. A méditer.

Tout comme est à méditer un ouvrage original consacré à la "sérendipité ou, comme l'indique joliment le sous-titre de l'ouvrage qui vient de paraître les "leçons de l'inattendu" dans les sciences et les arts notamment. A tous ceux qui pensent que nos trouvailles sont le fruit d'une raison implcable, ce livre est une vraie source de jubilation pour la part du hasard qui vient si souvent déranger nos plans, en l'occurence pour le meilleur ici.

Enfin, tout à mes lectures simultanées, je découvre avec intérêt l'ouvrage "Les savants de Bonaparte" de Robert Solé qui me permet de voyager dans cette Egypte du début du XIXe siècle au coeur d'une aventure intellectuelle hors du commun. Plus de 150 savants ont accompagné Bonaparte dans cette Région du monde afin d'y faire de nombreuses découvertes au péril de leur vie. Si le côté "boucherie" de cette campagne n'est pas occultée, Bonaparte ne dérogeant pas à sa règle militaire de conquérir le pouvoir à n'importe quel prix, les témoignages de ces savants sont magnifiques et montrent combien les sciences peuvent aussi avoir leur épopée. Il est vrai que les Egyptiens de l'époque n'ont certainement pas partagé le même enthousiasme...

Les scientifiques : entre pouvoir et savoir

Un livre publié en novembre 2006 chez Albin Michel et écrit par Jean-Jacques Salomon

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