INEXENS

Ces sujets "sensibles" qu'il faut écarter de la place publique

Coup sur coup, l’association Sapience avec laquelle j’œuvre depuis 8 ans vient de se voir confisquer la possibilité de diffuser ses deux prochains événements. Ce rejet provient de deux autorités qui ont pignon sur rue. La première émane de la coordination PACA pour la Fête de la science, à propos de la demande de Sapience d’intégrer le 8e Forum « Sciences & défis du XXIe siècle » dans la Fête de la science, et dont voici la réponse :

Lors du comité de pilotage régional PACA de la Fête de la Science, qui s'est tenu le 10 juin 2010, l'assemblée présente, après échanges, n'a pas souhaité labelliser votre projet, insuffisamment précis dans son contenu et son adossement scientifique. > C'est pourquoi, j'ai le regret de vous annoncer que votre action, Sapience, ne pourra figurer dans le programme départemental des Alpes Maritimes et sur le site national de la Fête de la Science cette année. > Je reste à votre disposition si besoin, et vous souhaite une bonne continuation dans vos actions de culture scientifique et technique.


La seconde provient du service communication de la ville de Nice qui juge « sensible » le titre du 4e Forum « Les religions à l’épreuve de la science ». Pour cette raison, elle n’appuie pas la diffusion du programme de cet événement par l’affichage et les distributions de flyers.

Au-delà de la déception, pour ne pas dire plus, qu’entraînent ces réponses, prenons le temps de les analyser.

Que signifie le fait que le programme Sapience concernant son Forum « Sciences & défis du XXIe siècle » cette année est « insuffisamment précis dans son contenu et son adossement scientifique » ? Que lui manque-t-il ? Quelles précisions aurait-il du apporter ? De quel adossement scientifique s’agit-il ? La force de l’association Sapience, c’est d’être une émanation de la société civile. Ses fondateurs et acteurs sont tous hors des circuits scientifiques. Mais tous sont animés de la volonté d’inviter des scientifiques pour venir éclairer les questionnements que chaque citoyen peut raisonnablement se poser concernant les « progrès scientifiques ». Les plateaux proposés au public laissent une grande place aux scientifiques comme le prochain programme le montre, et comme les 7 éditions précédentes l’ont largement démontré.

J’avais suggéré à l’association Sapience de s’inscrire dans le cadre de la Fête de la science, pour voir. De toute évidence, cette Fête a encore beaucoup de mal à laisser la société civile prendre des initiatives. Malheureusement, je le pressentais.

« Dieu échappe-t-il toujours à la science ? » Ce titre a donc provoqué une vive émotion à des personnes de la ville de Nice chargée de la communication de l’événement. Ont-elles tourné la page pour examiner le plateau proposé ? J’espère que non pour elles, ou bien il est à craindre que leur inculture les aveugle au point de refuser de diffuser un événement exemplaire du dialogue entre porteurs de savoirs et société civile. De quelle « sensibilité » est-il fait référence ? Est-ce la craindre de voir surgir Al Quaïda dans la salle ? D’entendre crier des fanatiques ? Mêler science et Dieu dans un débat est-il inconvenant ? Mais alors pourquoi l’ensemble des autorités religieuses invitées ont-elles si rapidement accepté de venir en débattre ?

Dialoguer avec l’autre, celui qui porte avec lui des approches différentes du monde, est un acte difficile, même dans notre pays pourtant fort de sa liberté d’expression. Par deux fois, le public de la Côte d’Azur n’aura pas l’occasion de découvrir des affiches l’invitant à partager des événements remarquables par la tolérance et l’ouverture d’esprit dont ils font preuve depuis plusieurs années. Au lieu de cela, ils auront accès aux affiches aux couleurs des villes soutenant des matchs de football qui sont, nous le constatons tous, un modèle de respect et d’humilité.

Nous avons certes la chance de pouvoir manifester, nous exprimer librement, concevoir des événements publics nous permettant d’entrevoir d’autres horizons que ceux entretenus dans notre quotidien. Mais cette démocratie là est toujours dans l’étourdissement de ses jeunes années, indifférente aux accents de sagesse que lui prodiguent des Rencontres où se mêlent plusieurs savoirs, plusieurs questionnements. Il lui est préférable de s’interroger sur le score d’un match plutôt que sur Dieu rattrapé par la science. Elle choisira de fêter sa science par la seule distribution des savoirs détenus par les organismes scientifiques, plutôt que de concevoir ses propres rencontres où les scientifiques sont acteurs parmi d’autres.

Tout ce qui nous est étranger rend « sensible » certains individus. Pour ma part, ces personnes me sont totalement étrangères.

4 mois de silence et 8 années de débats

Voici 4 mois que j’ai conservé le silence, décidant de ne pas intervenir sur mon site. Histoire de prendre du recul avec moi-même et l’instabilité dans laquelle ma profession était entrée. Durant ces 4 mois, je n’ai cessé de travailler ardemment à de nouveaux projets, et notamment DEFISMED dont les ambitions m’ont garanti des nuits tourmentées.

Si je romps le silence aujourd’hui, ce n’est pas pour témoigner du chemin parcouru durant ces 4 mois qui nécessiteront plusieurs billets comme celui-ci. Mon vœu est de partager tout simplement la rencontre de deux anonymes qui ont enrichi ma vie, et éclairer le sens que je lui donne.

LA 1ère RENCONTRE

Tout d’abord, il y eu la rencontre de Denis. Elle s’était effectuée il y a près d’un an, alors que celui-ci assistait au 7e Forum « Sciences & défis du XXIe siècle ». Il me fit part, à la conclusion de ce Forum, de son prochain choc de ne pas voir un tel événement mieux diffusé dans sa publicité, et de se plaindre de l’assistance trop faible compte tenu de la qualité d’une telle Rencontre.

Je le remerciais poliment, mais avant de le quitter, Denis me fit la proposition de recréer le site Internet de Sapience. Je ne pus que le féliciter d’une telle initiative que la Direction de Sapience loua avec enthousiasme. Malgré le fait que Denis ne soit pas qualifié professionnellement en informatique, il se chargea de cette tâche au-delà de tout ce que l’on pouvait espérer.

Par je ne sais quel entêtement, il s’engagea à numériser tous les enregistrements des débats sur 7 ans en possession de Sapience, puis de les diffuser sur le site. Je dois avouer au début que j’étais dubitatif. Lorsque durant l’été, Denis contacta la Direction de Sapience pour afficher son résultat, je n’e crus pas mes yeux et mes oreilles. Cet homme, bénévolement, avait réussi l’impensable, en consacrant de nombreuses heures de son temps libre à exhausser son vœu. Un nouveau site SAPIENCE est né. Voici que 8 années de débats parmi les plus magnifiques, d’une revue de presse unique en son genre, d’entretiens avec des chercheurs se retrouvaient là, à la disposition de tous. 8 années d’investissement à la portée du plus grand nombre. Je défis quiconque de trouver un site équivalent dans toute l’Europe, où le dialogue trouve sa plus grande vertu, où le partage entre experts et profanes trouve ses plus beaux aboutissements.

Certes, il y en aura pour m’accuser de complaisance avec moi-même en figurant largement sur ce site. Ceux-là me connaissent bien mal. Peu importe ! Je sais que, tout comme durant les débats, les internautes ne retiendront de leurs visites que les paroles des experts en oubliant mes animations.

Je ne peux que répéter ici mes profonds remerciements à Denis pour ce qu’il a fait. Quelle que soit l’issue de mon entreprise, je sais que grâce à lui ce que j’ai contribué modestement à développer avec Sapience portera durablement ses fruits.

LA 2ème RENCONTRE

Il y a désormais plus de 15 jours, tandis que j’animais 2 conférences pour Bio’Grasse organisée par la ville, je faisais la connaissance de l’un des intervenants, Sébastien Viaud. Ce fut une rencontre profonde où je découvrir un homme d’une grande simplicité, obscur professeur de sports dans un collège parisien tout aussi obscur. Cet homme revenait d’un tour du monde effectué quelques mois plus tôt et dont il tira un film que l’on peut découvrir sur Internet et qu’il s’efforce de partager à travers l’association qu’il a créée.

Au départ, ce sont ses élèves inscrits à son Club Environnement qui lui demandent ce qu’ils peuvent faire pour préserver ce même environnement. Sébastien fait des recherches afin de savoir où trouver des gens ordinaires qui œuvrent de manière extraordinaire pour leur environnement. Il est tombé sur les Prix « Gold men », récompensent équivalentes aux Prix Nobel de l’environnement, remis par une Fondation américaine. Il a décidé, sur une grande partie de ses économies, de prendre une année sabbatique et d’aller rencontrer certains de ces lauréats, vivre une à deux semaines avec eux, et extraire de ces rencontres de vie un film. Pour préparer cette année, il s’est formé pendant 3 ans à la photographie et à l’Espagnol.

Que dire si ce n’est qu’ils sont certainement plus nombreux qu’on ne le croit à s’engager de la sorte, sortant du quotidien de leur vie pour aller au bout de leurs convictions, dépouillé de tout intérêt personnel. Sébastien deviendra, je le souhaite, un ami avec le temps. J’espère que nous aurons l’occasion de construire ensemble quelque chose, comme avec Denis et tant d’autres anonymes. Pour cela, il faut savoir forcer ses résistances. Elles ont été personnellement grandes ces 4 derniers mois. Elles le sont beaucoup moins aujourd’hui et me permettent d’envisager mon avenir professionnel avec plus de d’espoir.

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