Je vous présente tous mes voeux... pour cette nouvelle décennie. Voilà une formule qui n'est guère courante à une époque où le basculement pour une nouvelle année nous invite à émettre nos meilleurs souhaits pour les 365 jours qui viennent. Il est vrai que dans une année il peut se produire bien des choses pour le pire et pour le meilleur. Néanmoins, nous vivons à l'échelle du monde et nous avons eu moultes occasions de constater ces derniers temps que notre impact de vie a des prolongements loin sur le globe et pour longtemps. Peu à peu nous sommes en train de prendre conscience de l'amplitude de notre vie et des responsabilités qui sont les nôtres dans les actes que nous prenons ou ne prenons pas pour les générations futures.

Copenhague et son sommet sur le changement climatique aura été à ce titre exemplaire de la complexité de notre monde a trouvé un terrain d'entente pour ne pas nuire au futur. Je ne vais pas ajouter mon grain de sel aux innombrables commentaires qui ont accompagné l'impasse de ce sommet. Il semblait évident que personne n'attendait sérieusement une décision efficace de cette Rencontre de la part de gouvernements pressés dans leur pays par leurs propres intérêts. Je partage de nombreux avis en pensant que si des avancées doivent être attendues, elles ne le devront que dans un profond changement de comportement des citoyens du monde entier. Nous en sommes hélas encore très loin, et moi le premier. Et c'est certainement là que mes voeux pour les 10 prochaines années se portent : que les populations développées et en voie de développement prennent conscience qu'un individualisme nous entraînerait inexorablement à notre perte. Comment une telle révolution peut-elle se produire ? Comment changer des attitudes que tout dans notre société de consommation pousse à l'égocentrisme et à la superficialité ?

Durant les fêtes, j'ai lu avec intérêt un petit ouvrage écrit par Dominique Wolton du CNRS "Informer n'est pas communiquer". Ce livre expose le fait que les sociétés industrialisées sont en train d'entrer dans l'ère de la communication. Mais ce tournant décisif pour notre avenir doit être pris dans le bon sens. Pour que la révolution soit réussie, D Wolton en appelle à une communication qui relie toutes les différences :

"Communiquer, c'est de moins en moins transmettre, rarement partager, le plus souvent négocier et finalement cohabiter" (p. 96).

Sommes-nous prêts à cette communication là ? Il y a quelques jours, le député-maire de Cannes M. Brochand, qui m'avant invité à sa permanence, m'expliquait combien il se heurtait lui aussi aux plus grandes difficultés pour mobiliser ne serait-ce que son voisinage proche pour assister à des débats publics de haute tenue avec des personnalités notoires. C'est là effectivement une blessure que je partage régulièrement sur ce site à travers mes propres expériences. Comment pouvons-nous espérer une société affirmée de la communication s'il n'existe que très peu de candidats pour communiquer, c'est-à-dire prendre le temps d'écouter, de découvrir, de discuter de sujets d'actualité ô combien majeurs pour la collectivité ? Autrement dit, comment apprendre à penser au-delà de soi-même ?

Dans cet individualisme forcené qui m'entoure et me gagne, je n'ai donc pas d'autres choix que de me souhaiter particulièrement une bonne année, tout en espérant que celle-ci contribuera à travers mes activités à me rendre moins égoïste et à offrir l'occasion à un public grandissant de suivre le même chemin. Quant à la décennie, et bien, tout compte fait, il me semble difficile de tenir le pari de l'espérer bonne, tant que ce voeu ne sera partagé ni par ceux qui nous dirigent, ni par l'ensemble des citoyens. On peut tout de même rêver.