Le silence qui espace mes différents billets cette année est la conséquence du vaste chantier que j'ai engagé concernant le projet DEFISMED. Ce silence là est entré en contact avec des dossiers lourds d'un autre silence quant à eux. A un Directeur culturel que je rencontrais récemment en lui exposant mes préoccupations à l'égard de la crise économique, il me répondit spontanément: "La crise ? Quelle crise !" Et il m'expliqua que rien de visible n'avait réellement changé dans nos modes de vie et que tout continuait pour lui comme pour tant d'autres comme avant. Et c'est bien là que le bas blesse. Le changement climatique l'épuisement des ressources fossiles, l'effondrement de la biodiversité sont quelques exemples de ces catastrophes silencieuses "qui ne changent rien dans notre vie". En tout cas pour le moment.

Un autre exemple à méditer m'a été fourni cette année à l'occasion du renouvèlement de la confiance de l'association Scientipole et son président Jean-Claude Roynette. Après la qualité du 1er cycle de débats l'année dernière "Quand la science rencontre la société" avec la présence notamment de 3 Prix Nobel, cette fois l'association s'engage sur 3 débats à la fin de l'année consacrés à la crise alimentaire dans le monde. J'aurai donc l'honneur d'organiser et d'animer une nouvelle fois cette belle manifestation

Comme bon nombre de personnes sans doute, je pensais qu'un tel dossier sur la faim planétaire se résumait à quelques vérités répétées depuis trop longtemps : une grande partie de la population mondiale souffre de la faim et parmi elle nombreux sont ceux qui finissent par en mourir. Il est dit qu'un enfant toutes les 5 secondes rend son dernier souffle parce qu'il n'est plus alimenté suffisamment. Toutes les 5 secondes... La crise financière et les budgets indécents dépensés pour tenter de sauver ce qui pouvait être sauvé ont mis encore plus en relief ce terrible drame. Il suffirait de quelques milliards de dollars par an pour enrayer ce fléau. Il suffirait...

Je pensais que les dictatures étaient en partie responsables de ce drame comme le non contrôle des naissances, comme le contexte environnemental défavorable des pays concernés. C'était une manière de me sentir le moins possible responsable. C'était oublier un peu vite que des résidents en France sont confrontés à la faim également. C'était aussi ne pas savoir que l'incapacité à nourrir la planète est la conséquence d'une politique alimentaire mondiale inefficace qui, comble du scandale, gaspille près de la moitié de ce qu'elle produit.

J'ai commencé à lire. Je me suis souvenu qu'une partie de la population mondiale en 2008 s'était révoltée parce que les prix de certains aliments de base avaient subitement et rapidement augmentés, interdisant l'accès de pauvres gens à une nourriture même sommaire. Ainsi que l'écrit Philippe Chalmain dans "Le monde a faim" :

Le monde a faim ! Que ces mots peuvent paraître inconfrus en un monde d'abondance, en un temps où l'homme semble avoir tout maîtrisé du temps et de l'espace; plus d'un milliard de téléphones portables mais aussi presque un milliard de mal-nourris, de pauvres alimentaires...

Je sais bien que nombreux sont ceux qui pensent qu'ils ne peuvent rien à cette situation. Pour ma part, une telle remarque me dérange. Comment est-il possible de prétendre jouir d'une existence à côté de tant d'autres dont le mot jouissance est bani au détriment de survie ? Et puis la lecture du dossier m'a permis de prendre conscience d'une autre réalité pourtant toute aussi évidente : la population mondiale ne cesse de croître. Cette croissance s'accélère même. Comment sera-t-il possible de nourrir cette nouvelle population quand nous ne parvenons pas à nous acquitter de cette règle élémentaire aujourd'hui ? Allons-nous, nous autres nantis, être concernés par cette épée de Damoclès ? Il faut s'organiser sur le plan international. Il faut que nos dirigeants se concertent et adoptent une politique homogène et efficace, sans quoi, comme le souligne Jean-Yves Carfantan dans "Le choc alimentaire" :

"n'en doutons pas, si les Etats devaient faire le choix de l'attentisme, le prochain choc alimentaire mondial serait violemment destructeur."

Alors, certes, la faim dans le monde "ne change rien dans ma vie". "Quelle faim dans le monde ?" s'exclamerait mon interlocuteur cité précédemment. On peut faire comme si rien n'existait, ou comme si on ne pouvait rien y faire. On peut organiser également des débats de la qualité de ceux réalisés par Scientipole pour nous permettre de prendre un peu plus conscience chaque jour que nous sommes une toute petite partie de ce monde dont nous dépendons tant, et qui dépend de chacun de nous dans nos comportements.