Note: ce texte est une nouvelle version d'un premier document écrit fin février sur le sujet. Depuis, bien des avancées se sont produites que je rapporte ici afin de pouvoir témoigner que, malgré un contexte au départ complexe, un projet aussi ambitieux que La Nuit européenne des Chercheurs peut aboutir à une mobilisation constructive. Je ne prétends pas toutefois que tous les obstacles ont été pour autant effacés aujourd’hui. Je sais combien ma contribution personnelle à cet évènement sera examinée attentivement et ne bénéficiera pas de la même indulgence que pour d’autres plus familiers du terrain scientifique. Je souhaite simplement que certains différents reposant le plus souvent sur des idées reçues soit levés à l’occasion de cette belle manifestation, et que nous soyons un peu plus nombreux sur la Côte d’Azur à nous persuader que la Recherche a tout à gagner avec des initiatives comme celle-ci où chercheurs et non chercheurs s’engagent de manière constructive à développer une Science qui soit plus proche de la Société.

Le 26 septembre prochain, Nice accueillera à partir de 18 h sa première « Nuit européenne des Chercheurs » au Parc Phoenix. C'est le complémentaire, à l’échelle européenne, de la Fête de la science en France. Les chercheurs de Nice/Sophia-Antipolis vont venir y évoquer tout à la fois leur passion pour leur métier et pour des hobbies en dehors de leur laboratoire, le tout partagé avec le grand public.

Un pari ``fou´´:

En découvrant l’existence de « La Nuit européenne des Chercheurs » fin 2007, un pari un peu fou a germé dans mon esprit. Serait-il possible, à travers cet évènementiel créé par la Commission européenne, de mobiliser une grande partie des autorités scientifiques locales et une association comme Sapience composée entièrement de profanes, dans un même objectif : offrir ensemble au grand public une nouvelle occasion de dialoguer avec le monde de la recherche ? Ces mêmes autorités accepteront-elles de surmonter le fait qu’une manifestation soit co-organisée par des non-scientifiques ?

J’ai longuement hésité avant de me lancer dans cette aventure en compagnie d’acteurs majeurs de la culture scientifique départementale. Je n’ignorais pas qu’en proposant à l’association Sapience et Persan de porter ce projet nous nous exposerions à un certain scepticisme. Je me souviens encore de ce courriel d'un éminent scientifique il y a 6 ans : « Laissez la recherche aux chercheurs et occupez-vous de ce qui vous regarde ! ».

A cette époque, je comprenais fort bien cette réaction tout en regrettant qu’elle ne me laisse guère d’alternative. Quelle que soit la réalité de cette citation : « La science est bien trop précieuse pour n’être confiée qu’aux seuls scientifiques », il n’est pas imaginable de vouloir fonder un évènement de qualité sur la science sans l’appui des chercheurs, même si de plus en plus de citoyens profanes s’intéressent à la Recherche et souhaitent pouvoir en commenter les nombreux effets dans notre existence.

Retour sur le forum sciences et défis du XXIème siècle:

C’est dans ce contexte « citoyen » que j’ai pu développer le Forum « Sciences & défis du XXIe siècle ». Dans un premier temps ce fut avec le seul appui d’une élu et de la municipalité d'Antibes, en comptant fort heureusement sur le soutien personnel de chercheurs parisiens que j’étais parvenu à convaincre de l’intérêt d’une telle manifestation. Ce Forum a évolué et gagné progressivement la confiance d’un nombre grandissant de chercheurs nationaux et locaux.

Malheureusement, j’avais conscience durant la 5e édition de ce Forum à la fin de l’année dernière, et malgré l’indéniable succès de cette manifestation, que cette confiance n’avait toujours pas gagné l’ensemble des autorités scientifiques locales. Et je suis convaincu que ces opinions sceptiques reposent sur des idées préconçues à l'égard de ma personne. Le fait que Carine Camby alors Directrice de l’Agence de biomédecine, qui écrive dans le Livre d’or de Sapience parmi de nombreux autres soutiens : « Merci pour ces débats passionnants, où la part de rêve et le bon sens essaient de trouver un équilibre pour répondre à la souffrance humaine » suffit toutefois à me rassurer sur le bien-fondé de telles rencontres entre chercheurs et non chercheurs.

Du rêve au bon sens: préparer la Nuit des Chercheurs.

La Nuit des Chercheurs peut devenir à son tour une occasion de réunir de manière interactive la société civile et le monde de la recherche.

Il m’a fallu convaincre tout d’abord l’association Sapience d’accepter de porter un tel projet. Une telle proposition n’était pas évidente. Qu’est-ce que cette association peut gagner dans cette aventure ? Ne risque-t-elle pas de s’exposer inutilement sur un terrain habituellement occupé par d’autres acteurs de la culture scientifique ? N’a-t-elle pas suffisamment d’arguments en sa faveur avec les évènements existants pour en ajouter un nouveau ? Finalement, l’approbation l’a emporté non sans qu’aient été évoquées les réserves précitées.

Fort de cet appui, je me suis rendu au parc Phoenix afin d’y rencontrer son Directeur et lui exposer le projet d’accueillir La Nuit des Chercheurs. Là, l’accueil a été chaleureux et l’accord tout autant, sous condition que la municipalité de Nice entérine ce projet.

Parallèlement, et dans l’urgence imposée par le délai européen, j’ai posé la candidature de Sapience auprès du coordinateur national pour l’Europe de cette Nuit des Chercheurs tout en sollicitant parallèlement la participation de l’association Persan, Pôle Enseignement et Recherche de Sophia-Antipolis Nice qui regroupe tous les organismes publics de recherche et d'enseignement supérieur présents dans le département des Alpes-Maritimes. Le fait que Nice puisse présenter une candidature portée initialement sans partenaire scientifique institutionnel avait déconcerté la coordination nationale. Mais l’existence du Forum « Sciences & défis du XXIe siècle » a joué un rôle très positif, je pense, pour cette candidature. Partout où je suis allé en France et jusqu’à Bruxelles, cette manifestation a fait parler d’elle avec des retours élogieux.

Dés lors, Nice pouvant être retenue pour La Nuit des chercheurs 2008. Je pouvais espérer des scientifiques, en l’occurrence donc Persan, qui organise la Fête de la Science, que le dossier possède suffisamment d’arguments pour être validé. Il appartient à cette association de vous raconter par quelle démarche elle a accepté de participer à ce projet. Toujours est-il aujourd’hui que nous en sommes là : Persan est l'organisateur scientifique de cette manifestation, Sapience en étant l'organisateur opérationnel vis à vis de la communauté européenne, tandis que la ville de Nice appuie cette manifestation.

Bien loin de moi la pensée aujourd’hui d’une victoire personnelle. Si La Nuit des Chercheurs se déroulera comme prévu le 26 septembre au Parc Phoenix, nous le devrons à l’implication d’un ensemble d’acteurs qui ont fini par surseoir à leurs différences et mettre en commun leur savoir-faire pour un objectif magnifique. Espérons que la réalité du terrain concordera avec cette intention.

Au final, en écrivant ce témoignage, est-ce que je dois regretter de m’être autant exposé dans ce projet ? Qu’ai-je véritablement à gagner avec La Nuit des Chercheurs ? Autrement dit, le jeu en vaut-il la chandelle ? Certes, je m’expose et j’expose avec moi des amis et des inconnus qui ont choisi de porter leur confiance à un projet qui le mérite. Mais au-delà de nos situations personnelles nous avons tous bien conscience que le succès de La Nuit des Chercheurs sera celui le succès d’une œuvre commune. Et surtout le nouvel accomplissement d'une expérience où la Science remplit son rôle de citoyenneté.

En guise de conclusion:



Le département possède un formidable potentiel pour devenir un carrefour majeur européen permettant des échanges constructifs et exemplaires entre science et société. La Nuit des Chercheurs est sans aucun doute une étape fondamentale sur ce chemin. Grâce à cette manifestation tout deviendra possible et c’est dans ce tout que naîtront peut-être de nouvelles et belles aspirations.