Au retour de la réunion à l'ANR de l'atelier préparant l'appel d'offres "Sciences, croyances et religions", j'ai pu retrouver avec plaisir mon voisin de travail sur place, Thierry Magnin. Thierry est vicaire générale du diocède de Saint-Etienne, et en même temps professeur des universités en physique des particules. Il a obtenu il y a quelques années le Prix de l'Académie des sciences. Autrement, dit, Thierry est à la fois religieux et scientifique, une double casquette suffisamment rare en France pour être soulignée. Nous avons constaté ensemble combien il était existait un malaise dans notre pays sur les questions de l'évolution et de la création. Je livre ici un échange de correspondance spontané que nous avons eu depuis cette journée de l'ANR sur ces questions.

Je te fais part de mes réflexions pour aborder plus sereinement le fameux débat passionné sur le créationnisme et l'intelligent design (ID), au cas où. Pour le débat, il me semble bon de distinguer les différents points suivants :

- l'idée même d'évolution, comme cela a été indiqué lors du questionnaire. Ses implications en science, en philosophie et en théologie.

- le rôle du hasard et de la sélection naturelle dans les théories darwiniennes: controverses scientifiques et implications philosophiques; débat vis à vis des religions.

- les manques des théories de l'évolution aujourd'hui: statut d'une théorie qui contient forcément des manques. Que veut dire "faire appel à du surnaturel" pour combler les éventuels manques d'une théorie scientifique? En ce sens, quelles différences entre créationnisme et ID, quelles différences entre les nombreuses positions classées dans l'ID?

- En théologie, comment les positions créationnistes et celle de l'ID se situent-elles vis à vis du Dieu créateur de la Bible qui est aux antipodes de "l'ingénieur interventionniste"?

Evidemment on ne peut éviter de parler des options des réseaux qui organisent les recherches et les débats sur ces thèmes: leur origine conditionne le débat. Cette analyse relèverait de la sociologie des sciences et serait complémentaire des points précédents. Mais il faut éviter de les mélanger car sinon on tombe dans les controverses inutiles dont nous avons eu un échantillon lundi.

Ma réponse :

Merci Thierry. Pour ma part, je compte beaucoup sur l'intervention le 05/10 à Nice de Thomas Lepeltier, historien des sciences dont le livre sur le darwinisme et son rapport avec l'Eglise va à l'encontre de bien des idées reçues.

Là où je considère qu'il existe un grand flou, c'est lorsqu'un scientifique exprime sa foi. Comment peut-il l'exprimer sans tomber dans l'ID ? Est-ce que tout dans l'ID doit être rejeté ? Comment serait-il possible à un chrétien de na pas considérer que le monde a été créé et qu'il évolue selon le plan de Dieu ? En ce cas, comment est-il possible de ne pas exprimer ses convictions dans ce sens, même en étant scientifique ?

j'ai bien saisi que le scientifique n'a pas à argumenter sur l'existence de Dieu. Mais je ne vois pas bien comment il pourrait ignorer cette existence en observant le monde.

Un des arguments qui me motive concernant le Forum "Les religions à l'érepuve de la science" repose sur ce dialogue impossible en apparence.




La réaction de Thierry :

Un scientifique peut tout à fait exprimer sa foi sans tomber dans l'ID au sens suivant: sans avoir à "faire intervenir Dieu pour boucher les manques des théories scientifiques". Or c'est ce que beaucoup de tenants de l'ID et du créationnisme font, pas tous cependant. Tout cela nous ramène au Dieu créateur de la Bible: comment Dieu crée-t-il dans la Bible? Par son souffle qui donne l'être à chaque instant...ce qui est autre chose qu'un dieu fabriquant en intervenant directement sur les lois de la nature.