Tandis que j'écoutais il y a 15 jours la conférence de Jean Staune à Nice illustrant son récent best seller "L'existence a-t-elle un sens ?", je frémissais en considérant les 600 spectateurs dont je faisais partie coupables d'enfreindre une règle qui semble immuable en France, celle de ne pas mêler la science et la métaphysique.
Que voulez-vous, c'est ainsi que l'on ne débat pas dans notre beau pays cartésien. Et celui ou celle qui ose questionner un sens à l'évocation de certaines avancées de la connaissance est aussitôt accusé(e) de "créationisme". De même, si vous mettez en cause le progrès d'une avancée technologique telle que les OGM, les nanotechnologies, la thérapie génique, on vous accusera immédiatement d'obscurantiste ou plus sûrement encore de vouloir retourner à l'âge de pierre.
Toutes ces controverses ne sont pas nouvelles. Et je dois avouer qu'elles m'agacent foncièrement. Il semble bien que notre société souffre d'un mal récurrent qui est celui de ne pas pouvoir dialoguer. Si l'on assiste impuissant depuis bien longtemps à des empoignages parfois piteuses en politique, le public ignore la plupart du temps combien le monde de la science n'a bien souvent rien à envier en la matière.
Parce que je suis au coeur de cette question, je revendique le droit à tout individu de pouvoir défendre ses idées pourvu qu'elles soient respectueuses de celles qui lui sont contraires, même si ces idées peuvent heurter bien des idées reçues. Le débat doit permettre au grand public d'amorcer une contradiction saine qui lui permettra de prolonger ses informations et cette contradiction à travers d'autres débats et sources. Le cas de Jean-Claudre Allègre est suffisamment exemplaire en ce sens. Cet homme a tout à fait le droit de défendre le fait que le changement climatique n'est pas causé essentiellement par l'homme. Il a raison en prétendant qu'une large majorité d'opinions scientifiques ne fait pas une vérité. En revanche, il a tort de se considérer supérieur au reste du monde et d'avancer ses arguments dans les médias avec autant de mépris. Cet homme n'étant visiblement pas prêt à débattre de ce qui ne sont que des spéculations est suspect à mes yeux.

Faut-il laisser Jean Staune prétendre que la théorie de l'évolution soutenue le premier par Darwin est une théorie incomplète ? faut-il le soupçonner de servir des intérêts créationistes alors même qu'il condamne le plus fermement possible ce mouvement dangereux ? A-t-on définitivement refermé le dossier de l'évolution en science interdisant à quiconque de pouvoir en discuter ?
Alors que je suis en train de commettre un outrage supplémentaire en lisant "L'existence a-t-elle un sens ?", je suis ravi de savoir que j'ai de bonnes chances d'inviter son auteur à l'automne venir discuter de ses réflexions en présence d'intervenants contradicteurs. Il s'agit de trouver à lui opposer des intervenants sachant garder la mesure en évitant de brailler leurs arguments comme l'on appelle les passants sur la jetée en vendant son poisson. Pas facile dans un univers où celui qui a publiquement raison est celui qui parle le plus fort, même en science.
J'ai suffisamment confiance dans la raison pour savoir que celle-ci l'emportera.