2008 fêtera le 20e anniversaire de ma vie… consacrée à la mise en débat d’idées. Peut-être sont-ce mes souvenirs d’enfance de repas familiaux vivement disputés et chaotiques autours de sujets politiques qui m’ont frappé, les rougeurs des visages n’étant pas causés par les seuls vins. Sans aucun doute mes propres recherches post estudiantines et non académiques sur des sujets scientifiques controversés m’ont-elles montré combien l’incapacité de dialoguer n’était pas l’apanage de ma seule famille…

Durant tout ce parcours, mon constat est demeuré le même : il est difficile d’avoir un regard lucide sur une question majeure qui nous est posée tant les informations la concernant sont foisonnantes, souvent techniques, parfois contradictoires, et la plupart du temps portées par des convictions jamais tout à fait rationnelles. J’aurai beau lire de multiples documents, écouter indépendamment les opinions des uns et des autres, il me sera impossible de me forger une opinion la plus objective possible tant que les informations n’auront pas été rapprochées et mises en débat.

En 2001 je décidai de créer INEXENS avec un objectif : créer un label de qualité pour aider au montage des débats et apprendre aux uns et aux autres l’écoute. A force d’être déçu parce que j’observai ici et là en la matière, j’ai pris le pari d’engager ma vie professionnelle à mettre en place des rencontres chargées au premier chef de me rendre plus intelligent. On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même ! Surtout, je souhaitais que ces tribunes d’intelligence soient partagées par le plus grand nombre, que chacun puisse goûter à cette élévation de l’esprit dont nous sommes tant sevré dans notre vie quotidienne, pouvoir vivre, ne serait-ce que quelques heures, cet étrange sentiment d’être dépossédé de ses certitudes et invité à voyager par le biais d’autres esprits vers des perspectives qui nous étaient jusqu’alors inconnues.

Pour relever un tel défi, les pièges sont nombreux à commencer par celui d’être abusé par des manieurs de verbe. C’est pourquoi je me suis centré sur la science. En mettant en présence des scientifiques, les débats réduisent les risques de dérives. Les scientifiques ont une méthodologie de pensée rigoureuse. Ils se basent sur des faits, des mesures. Ils ne trichent pas. Je sais combien ce postulat peut être discuté. Mais il faut bien un postulat pour s’engager et celui-là est défendable. Il s’est avéré durant ces 7 années vérifié.

Un autre piège, lié au monde de la science, est celui de sa complexité. Il était fondamental de monter des débats clairs, compréhensibles par des non scientifiques. A ce titre j’ai mesuré en permanence combien la fonction d’animateur est clé dans un débat. A de nombreuses reprises, j’ai pu découvrir l’échec d’une discussion publique mal menée par un animateur zélé ou omniprésent ou encore incompétent. S’il est utile, l’animateur ou l’animatrice doit se mettre au service du débat et non l’inverse !

Dès lors que je possédais quelques bases fondamentales à l’exercice du débat, je pouvais lancer quelques sujets redoutables et redoutés, victimes comme tant d’autres de débats stériles et confus, je veux parler des avancées scientifiques se rapportant à la santé, l’environnement, la biologie, les nouvelles technologies, etc. Tous nous concernent. Tous forgent notre devenir. A nous de comprendre ce qu’ils recouvrent. 2008 sera peut-être l’occasion pour moi de franchir un seuil avec des perspectives nouvelles de mettre en débat les questions scientifiques. Mon travail de base demeurera le même : lire l’actualité et les livres récemment sortis, rencontrer les chercheurs, découvrir de nouvelles disciplines, interroger la philosophie, la théologie, les arts. Au bout de ce travail préparatoire, il y a une rencontre publique en apparence anodine qui nous plongera au-delà de ce que moi-même je pouvais en attendre. Il y a ces forums qui mettent en présence des penseurs aussi divers qu’un écrivain, un biologiste, un journaliste, un philosophe, avec une alchimie qui opère entre nous et qui nous offre des profondeurs d’intelligence peu communes. Même en désaccord dans leur approche d’un sujet, ces intervenants vont nous apprendre une critique raisonnable constructive, ouverte au contradictoire. Et tant pis si cette critique ébranle les idées reçues, à commencer par les miennes.