Depuis juin dernier, avec l'appui de l'association Sapience, j'anime 7 petits groupes qui ont accepté d'examiner un certain nombre de cuments Internet préparatoires aux 7 débats du Forum "Sciences & défis du XXIe siècle". Même si ces groupes ont perdu quelques membres en route, globalement le résultat est intéressant. Pour avoir réuni ces groupes le 10 novembre dernier, je peux témoigner comme l'ensemble des partipants présents ains qu'une scientifique observatrice de la densité des échanges et du plaisir vécu par chacun avec cette expérience.
Du résultat final, chaque groupe a délibéré et retenu 5 questions pour son thème que je serai chargé de poser aux intervenants concernés. En voici les résultats :

"Vivre jusqu’à 120 ans ?"

 Quelle médecine faut-il envisager pour assurer une bonne santé jusqu’à 120 ans ?

 Cette extension de la longévité produira-t-elle des changements dans notre économie et notre droit ?

 Comment assurer l’autonomie de la personne et garantir son bon épanouissement et une dignité humaine ?

 Le fait de vivre jusqu’à 120 ans entraînera quels changements dans la société (retraite, relations humaines, etc.)

 Que faut-il prévoir et anticiper pour une vie si longue (éducation, alimentation, etc.) ?

"Des bébés en laboratoire sur catalogue"

 Avec toutes ces avancées scientifiques sur les bébés en éprouvette, l'être humain est-il un moyen ou une fin pour lui-même ?

 La société doit-elle prendre en charge les frais qui relèvent plus de convenances personnelles que de réelles maladies ?

 Comment attester du point de vue génétique de la qualité intellectuelle et psychique d'un enfant ?

 Comment défendre un droit à l'inexistence dans le cadre d'une anomalie génétique bénigne ?

 A propos du conflit entre l'Inserm et la société Metagenex, en rapport au test ISET oncologie : Comment est-il possible du point de vue légal que des financiers s'accaparent la découverte d'un chercheur contre les arguments de ce dernier?

Quelle révolution avec les objets communicants (RFID) et les nanotechnologies ?

 Quels sont actuellement les progrès que nous apportent les nanos ?

 Quelles garanties de présence/non-présence de nanoparticules pour le consommateur et le citoyen ?

 Quelles obligations règlementaires encadre l'utilisation des nanosparticules ?

 Les nanotechnologies augmentent t'elles les risques d'atteinte à la vie privée ?

 La position des nanotechnologies à la frontière du vivant/non-vivant ne soulève t'elle pas des questions éthiques, voire psychologiques ?

"De nouvelles racines au hasard : manipuler le vivant"

 En biologie humaine que recouvre exactement la notion d’éthique ? Répond-elle à des principes immuables et si oui lesquels ?
 Les cellules souches existantes chez l’adulte, pourquoi ne pas les utiliser à la place des cellules souches embryonnaires et s’affranchir ainsi des problèmes éthiques ?

 Comment concevoir aujourd’hui la course effrénée vers la brevetabilité du vivant et à quel titre, quand on sait que, par exemple, P et M Curie ont toujours refusé en leur temps de breveter leurs découvertes ?
 Concernant les différents organismes en France qui sont chargés d’éviter les dérives dans les manipulations du vivant, sont-ils indépendants et transparents dans leurs activités ? Les déclarations d’intérêt sont-elles respectées ?

 Sur la base d’une information provenant du Monde et qui apprend que des poules transgéniques produisent dans leur blanc d’œuf des molécules d’intérêt thérapeutique, quelle est l’avancée par rapport à ce qui se fait déjà via les bactéries en fermenteur ? Ne risque-t-on pas d’assister à une escalade dans la « corruption » du vivant en gravissant l’échelle de la complexité, la poule dans cet exemple devenant un réacteur à médicaments ?

"Informer/Désinformer : Sommes-nous bien informés ?"

 Toute recherche est-elle communicable (trop technique, trop spécialisée, secret défense) et les médias non spécialisés et les chercheurs peuvent-ils se comprendre ?

 Les chercheurs ainsi que les journalistes sont-ils bien préparés aux questions éthiques que soulève la recherche ?

 Les informations scientifiques peuvent-elles voir leur diffusion s’élargir dès lors qu’en règle générale ni les chercheurs, ni les médias, ni le public ne portent un grand intérêt à leur égard ? Cet essor ne pourra-t-il reposer que le sensationnel ou le catastrophisme ?

 Les journalistes scientifiques sont-ils totalement libres de diffuser toutes les informations ? Les médias ne sont-ils pas contraints par des pressions économiques et politiques ? Peut-on imaginer certaines informations taboues en science ?

 Comment sont contrôlées les informations scientifiques pour éviter de grossières erreurs, voire des manipulations ? La nécessité de publier le plus possible n’oblige-t-il pas les chercheurs à dénaturer ces informations ?

"Du cerveau aux étoiles : ces énigmes qui livrent leurs secrets"

 Jusqu’où la Recherche peut-elle aller ? Et comment y va-t-elle ? Qui ou quoi guide et décide ?

 Est-ce que la Recherche est transparente pour le grand public ? Nous cache-t-on des choses ? Y a-t-il des « projets secrets » ? Nous dissimule-t-on sciemment certains aspects (données médicales, éthiques, etc.) ? Et le profane peut-il tout appréhender (concepts, etc.) ?

 Qu’est-ce qu’on regroupe sous le mot « Recherche » ? Est-ce la même activité lorsque l’on fait de la Recherche en sciences dures et en sciences humaines / philo ? Est-ce qu’il y a un dénominateur commun ?

 Quelle est la spécificité de la Recherche française par rapport aux autres pays ? Vis-à-vis de sa stratégie, de ses liens public-privé, de ses moyens financiers et humains ?

Quel avenir pour la Recherche et les Sciences fondamentales ? Pour les futures générations ?

"Des citoyens parmi les savants ?"

 Le scientifique n'est pas un spécialiste des enjeux politiques ou économiques, même pour ce qui concerne ses recherches. Que peut donc apporter réellement son expertise scientifique par rapport à de tels enjeux?

 Le scientifique peut, lors de l'expertise, faire prévaloir soit ses intérêts en tant que citoyen, soit ses intérêts en tant que chercheur (on pense ici au catastrophisme pratiqué par certains chercheurs dans le but d'augmenter les investissements dans leurs laboratoires). Quelle est donc la limite entre chercheur-citoyen et citoyen-chercheur ?
 Les conférences de consensus (aussi appelées conférences de citoyens) dans le cadre d'une démocratie participative paraissent efficaces pour les questions éthiques liées aux recherches scientifiques. Mais que peut apporter ce type de regard citoyen de plus qu'un simple avis consultatif ?
 Un regard citoyen pourrait être une solution à cette liberté d'intérêt que peut se permettre le scientifique lors de l'expertise, mais ce regard citoyen (ou politique) ne risque-t-il pas de limiter la recherche scientifique à de l'ingénierie au nom d'un simple principe de précaution ?

 Quel équilibre, alors, entre les regards expert, citoyen et politique ?