Durant le second tour des élections présidentielles, le grand public a découvert lors de l'altercation entre les deux candidats que ceux-ci connaissaient mal le dossier sur la politique énergétique du pays. Faut-il en être choqué ? Parmi les innombrables dossiers que nos deux candidats doivent gérer, je ne vois rien de surprenant à ce qu'ils se trompent à propos de chiffres ou de génération d'EPR. En revanche, je m'interroge sur la manière dont est conduite notre politique énergétique. Tandis que le débat fait rage autour du nucléaire et de son avenir (avec des arguments contraires tous plus pertinents les uns que les autres), tandis que les enjeux sont considérables (avec notamment la pénurie de ressources pétrolières annoncée), il semble bien que la question des sources dénergie futures ne se pose pas vraiment parmi nos gouvernants. Sur quels arguments reposent leurs certitudes (en l'occurence le nucléaire) ? Qui parmi les experts les conseillent tandis que certains de nos pays voisins adoptent d'autres orientations ? Comment les décisions qui nous engagent tous sont-elles prises ? C'est bien là il me semble les questions sur lesquelles l'opinion publique devrait se pencher. En octobre 2005, j'ai animé un débat avec la présence de plusieurs experts en énergie. JL Wingert (auteur d'un excellent livre sur "l'après-pétrole") regrettait que "la vision du monde de nos dirigeants aujourd’hui est dominée par l’économie. Pour un certain nombre d’acteurs économiques, il est important d’entrer dans des solutions énergétiques qui permettent une croissance importante''. A la question de savoir si les centrales nucléaires de 4e génération auront le temps d'être mises en place avant la crise énergétique annoncée pour dans 30 ans, F Sorin (Société française du nucléaire) s'était montré rassurant tout en précisant : "S’il existait un fort développement du nucléaire dans les années qui viennent (ce qui n’est pas évident) et que le lancement des centrales de génération 4 était retardé, là en revanche il pourrait exister des tensions notamment au niveau des coûts. Ces tensions existent déjà." Comme toutes questions majeures, quittons nos idées reçues pour apprendre à poser les bonnes questions, celles-là mêmes qui conduisent les meilleurs experts à confier leurs propres préoccupations. Nous découvrirons bien vite que quelques pourcentages approximatifs ne doivent pas cacher une forêt d'interrogations à propos desquelles personne aujourd'hui n'est en mesure de répondre comme celle de permettre à une population mondiale en constante croissance d'accéder universellement à une énergie durable et non polluante.